• SEMINAIRE WASHINGTON 2013

Des officiers supérieurs africains partagent leurs expériences dans le domaine de la réforme du secteur de la sécurité lors d’un séminaire à Washington

La supervision des Corps de défense et de sécurité (CDS) par les pouvoirs législatifs démocratiquement élus, est nécessaire à la constitution d’un secteur de sécurité responsable et citoyen en Afrique centrale, telle est la principale leçon de l’exposé du General Burundais Cyprien Ndikuriyo lors d’une récente conférence à Washington. Le Président de la Commission Nationale en charge de la revue de l a défense du BURUNDI s’exprimait ainsi dans la capitale américaine devant plus de 40 officiers supérieurs et cadres de la sécurité en Afrique. Ces derniers se sont réunis dans la capitale américaine du 8 au 13 décembre 2013 sur invitation du Centre d’études stratégiques de l’Afrique pour débattre de la situation sécuritaire en Afrique centrale et partager leur expérience sur le terrain.

L’exposé du général Ndikuriyo s’est appuyé sur le processus de réforme du secteur de la sécurité (RSS) au Burundi, qui a suivi la signature des accords d’Arusha (Tanzanie) sur la paix et la réconciliation dans le pays.

Selon le général Ndikuriyo, cette réforme toujours en cours a pour objectif :

l’intégration (parité hutu-tutsi) de toutes les forces combattantes au sein d’une seule armée nationale ;

une plus grande professionnalisation des forces burundaises de défense et de sécurité ;

la dépolitisation des forces armées nationales ;

le respect du devoir de transparence ;

et la soumission des forces de défense au contrôle parlementaire.

Le général Ndikuriyo a beaucoup insisté lors de son exposé sur le caractère inclusif de toute RSS et surtout, sur la transparence comme condition sine qua none du succès. « Toute réforme du secteur de la sécurité doit inclure la présence de membres du parlement dans les groupes de réflexion » a notamment souligné le général burundais. « Cela permet à ces derniers d’avoir une meilleure compréhension du processus, et même de l’encourager ». Le général a également mis l’accent sur l’implication de la société civile dans le processus de réflexion et d’implémentation de la RSS.

Enfin, le Général Ndikuriyo a prôné une solide participation de la haute hiérarchie sécuritaire à toutes les étapes du processus, et surtout, et de la patience. Il a particulièrement mis en exergue la nécessité de donner le temps au temps.

« la RSS est un processus sociologique qui cible des changements dans la société, et qui requiert beaucoup de temps, » a dit l’officier supérieur, car « le changement des normes et valeurs [dans une situation donnée] crée des peurs et des résistances. Etalée sur une longue période, elle [la RSS] permet de capitaliser sur les leçons apprises et d’initier les changements en douceur ». Le Général Ndikuriyo n’a pas caché le fait que ce genre de réforme ne fait pas l’unanimité. Il y a forcément des gagnants et perdants, mais « l’essentiel, a-t-il dit, c’est de réduire les facteurs de risques et les causes d’échecs par un renforcement de la communication ». La supervision par les civils, dans un climat de relations civilo-militaires apaisée est également un facteur qui multiplie les chances de succès.

L’exposé du général Ndikuriyo a suscité un débat intense au cours duquel les professionnels présents ont discuté à bâtons rompus des mérites de l’approche burundaise, mais aussi de ses points faibles. Il ressort des discussions que si le Burundi est sur la bonne voie, beaucoup reste encore à faire. Cependant, comme l’a noté un des participants, le fait de discuter d’une expérience contingente à l’Afrique centrale a eu le mérite de mettre sur la table un panel de solutions « locales » aux challenges de sécurité dans cette région.